QUE PEUT DONC FAIRE LE CINEMA POUR SAUVER LA MER?

 

Partout la diminution des pêcheurs traditionnels est le symptôme sociologique d’un déséquilibre écologique de plus en plus flagrant. Face aux répercussions du réchauffement climatique, face aux conflits politiques, aux migrations clandestines et aux menaces sur la biodiversité, que peut donc faire le cinéma pour sauver la mer ? Certainement témoigner, sensibiliser, se mettre à l’écoute des premiers concernés qui sont les travailleurs en milieu halieute, véritables vigies dont les signaux doivent être interceptés pour ce qu’ils sont, c’est à dire de véritables alertes. Il est donc nécessaire de prendre en considération les préoccupations, les inquiétudes et les espoirs de cette catégorie socioprofessionnelle au sein d’un espace de dialogue favorisant une meilleure appréhension des problèmes.

 

Pendant longtemps, les pêcheurs ont été représentés comme des bienfaiteurs, des héros modestes. Aujourd’hui, on les traite de prédateurs arrogants et on les accuse de causer d’énormes dégâts. Or, les ravages de la surpêche, la prise illégale de certaines espèces de poissons, ne sont pas le fait des pêcheurs artisans dont la capacité de nuisance est limitée, mais plutôt celui des industriels dont un système libéral, favorise la logique d’accaparement des ressources, quand il ne l’impose pas tout simplement à l’échelle planétaire.

 

Dans beaucoup de pays du Sud, comme les pays africains par exemple, les pêcheurs appauvris se plaignent de cette concurrence, tant les moyens sont disproportionnés, dénoncent le pillage auquel se livrent, en véritables armadas, les flottes européennes, chinoises, coréennes, japonaises, sud américaines. Ils déplorent la pollution qui dégrade la mer devenue le déversoir de tous les déchets. Ils souffrent de la diminution du poisson, de la dérégulation des relations sociales, de la désagrégation de leur corporation et du déclin irréversible de leur métier ce qui, dans certaines régions du monde, accroit les problèmes liés à l’alimentation des populations défavorisées. En fait, l’une des principales conséquences de la mondialisation est la monopolisation des mers quasiment privatisées par des groupes multinationaux de l’énergie, de la chimie, de l’aquaculture, du tourisme, des transports.

 

La nécessité de réfléchir à un niveau local impose le choix d’exemples significatifs et d’action in situ pour promouvoir des modalités spécifiques de résistance et de survie et, pourquoi pas, des solutions plus globales, d’où l’idée d’un tel festival dans un village côtier lui même affecté par la lame de fond de la mondialisation.

 

Avec sa démarche tout à fait spécifique, mettant l’audiovisuel au service du développement durable, le Festival des Récits de la Mer va forcément se distinguer car la conjonction de sa ligne éditoriale évidente, avec un contexte approprié, lui confèrera la légitimité et la pertinence pour rayonner en Tunisie et dans toute la Méditerranée. En résumé, il s’agit de faire de El Haouaria, lieu significatif de par sa position, ses traditions et ses richesses naturelles,  un exemple pilote de protection de l’environnement et du développement durable, le Festival des Récits de la Mer étant à la fois l’instrument et l’effet de cette initiative émanant de la société civile.

 

Annuel, le Festival des Récits de la Mer va s’imposer d’emblée comme un label de la région et deviendra très vite, dans ce petit village au centre de grandes problématiques, une attraction touristique d’un genre particulier, valorisant un potentiel naturel exceptionnel, encore peu exploité.

 

Ne dérogeant pas à sa réputation de terre d’accueil, El Haouaria deviendra, ainsi, le creuset des images maritimes provenant de toutes les contrées et le lieu de fraternisation des pêcheurs du monde.

 

Sami El kar

Président de l’Association Forum Hermaea

 

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