CONFERENCES

 
 

Les peintres voyageurs ont-ils inventé le documentaire ?

Par Marie Gautheron

 

Avec le Grand Tour, mais aussi l’Expédition de Bonaparte puis la conquête et la colonisation de l’Algérie, de nombreux artistes occidentaux ont découvert l’Orient, de la Syrie jusqu’au Maroc, de la fin du XVIIIè au début du XXè siècle. Travaillant souvent dans le cadre de missions militaires, scientifiques ou archéologiques, ils ont participé à une importante production de savoirs, en particulier ethnographiques et géographiques, par leur observation intensive des paysages, des sociétés et des mœurs, à travers des formes d'enregistrement visuel multiples - graphiques, photographiques ou picturales, en général associées à des productions écrites. L’atelier viatique des peintres voyageurs s’inscrit dans des sociabilités complexes : presque toujours sous tutelle militaire, il se développe au contact des élites locales, et reste intimement lié à l’atelier métropolitain. Les travaux, mais aussi les expériences et les modes de vie de ces artistes ont modélisé de façon décisive la représentation de « l’Orient » et de ses cultures, bien avant les premiers enregistrements cinématographiques (les opérateurs Lumière tournent en 1896-1897 en Algérie, en Tunisie et en Egypte). À travers l’étude de quelques corpus, on observera la construction de leur point de vue, et on se demandera si, au-delà de la réalisation de « documents » visuels, ces peintres souvent qualifiés d’ethnographes ont contribué à l’élaboration d’un regard documentaire. On interrogera des processus de réalisation qui, du croquis ou de la prise de notes à la composition achevée, du carnet de route au tableau de Salon, s’apparentent à l’élaboration d’une écriture documentaire. Ces questions seront posées dans la perspective d’une approche historienne de la production de sens en contexte colonial.

Dans cette conférence, on s’intéressera plus particulièrement à quelques exemples d’artistes voyageurs dans les Territoires du Sud : travaillées par un dialogue constant avec la photographie, leurs solutions plastiques traduisent une volonté de restitution réaliste de la lumière et de l’atmosphère sahariennes : l'atelier du sud algérien du XIXè siècle constitue un moment décisif de l'invention esthétique du désert, dans les registres du paysage et de la scène de genre. Entre document et fiction, il délivre pourtant des témoignages essentiels sur la vie au désert. L'atelier saharien contribue à l'élaboration de nouvelles conventions visuelles et discursives, mais aussi à de nouvelles formes d'essentialisation du désert, de nouvelles mythographies et de nouveaux stéréotypes.

 
 

Marie Gautheron
Agrégée de Lettres et Docteur en Histoire de l’Art, Marie Gautheron a enseigné l’Histoire et la théorie de l’Art à l’ENS de Fontenay Saint-Cloud, puis à l’ENS de Lyon, jusqu’en 2010. À partir de 2010, elle participe au projet de recherche « Retour sur la Mission Dakar-Djibouti » (ENS Lyon-Université Paris Ouest Nanterre-CNRS), et jusqu’en octobre 2016, elle coordonne le projet collaboratif « Vivants objets » (CNRS-ENS de Lyon). Commissaire de l’exposition « L’Algérie de Gustave Guillaumet » (2018-2019), elle travaille sur des questions d’anthropologie visuelle en contexte colonial, et s’intéresse plus particulièrement à la question de l’invention du désert, de la fin du XVIIIè siècle à l’époque contemporaine.

 

Djerba aux yeux des photographes : un voyage dans le temps et dans l’espace
par Imed Ben Salah

La photographie a été Introduite dans la Régence de Tunis en 1857, par Félix Moulin, en provenance d'Algérie après un voyage scientifique exploratoire qui a duré dix-huit mois. Depuis cette date, la Tunisie est sillonnée par des photographes de différentes nationalités et pour divers motifs. En parcourant les quatre coins de la Régence, ils ont capté des vues exceptionnelles et variées : paysages, patrimoine archéologique, ethnographique, métiers et savoir-faire traditionnel, portraits, etc. Ce patrimoine photographique fournit aujourd’hui aux chercheurs une mine d’informations. Cette conférence sera illustrée par une projection de photographies.

Imed Ben Salah a étudié à Djerba jusqu’en 1990. Il a obtenu une maîtrise en Droit en 1995 à l’Université de Sfax, un D.E.S.S en Patrimoine et Archéologie de la Faculté des Lettres de la Manouba en décembre 1997, un D.E.A en Patrimoine de la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis, en Juin 2002. Il est l’auteur d’une thèse intitulée « Images de Tunisie, Tunisie en images : Histoire de la Photographie, Histoire d’un Regard ». Actuellement Assistant à l’Institut Supérieur d’Animation Culturelle, il a été producteur de radio, conservateur de la photothèque de l’Institut du Patrimoine et a participé à de nombreux colloques en Tunisie et à l’étranger. Il a commencé à exposer ses photographies en 1995 et participé à de nombreuses expositions de groupe. Primées plusieurs fois, ses œuvres ont été acquises par l’Etat et par des collectionneurs privés. Il est Président de l’Association Tazammourt, membre fondateur de l’Observatoire National des Libertés et Politiques Culturelles, membre de la Société Française de Photographie, membre de l’Association des Amis du Musée Nicéphore Niepce, membre de la Fondation Arabe pour le Développement de l’Image, membre de l’Association pour la Sauvegarde de l’Île de Djerba, membre de l’Association Tunisienne d’Esthétique et de Poïétique, membre de l’Association pour la Culture et les Arts Méditerranéens.

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